vendredi 13 novembre 2009

Retour en grâce




Après une longue absence scénique, l’ex guitariste de Genesis était de retour ce samedi à Paris pour un show exceptionnel.


Perplexité, attente, excitation : tels sont les sentiments qui me reviennent à l’esprit samedi dernier en attendant l’ouverture des portes de l’Alhambra. Perplexité, d’abord : je n’ai pas écouté le dernier album du maitre et comment dirais-je…un album de Steve Hackett peut s’avérer une surprise diversement appréciée voir déconcertante. C’est un peu le propre des guitaristes en solo : ils peuvent naviguer sur la même galette entre le très bon et le nettement moins bon (vous avez dit exercice de virtuosité stérile ?). Je n’ai donc pas entendu la moindre note d’Out of The Tunnel’s Month successeur du non moins excellent Wild Orchids sorti il y a trois ans déjà.


L’attente est longue puisque la rue Yves Toudic qui mène à la salle se transforme en une interminable file indienne et pour cause : l’ouverture des portes annoncées à 18h30 n’aura pas lieu avant 19h00. Quant à l’excitation, elle est bien compréhensible : le dernier concert de Steve Hackett en France remonte à il y a près de 20 ans.


Premier constat : la salle est de taille humaine (environ 1000 personnes) ce qui est un point réellement positif dans ce genre de circonstances. Quant à la foule compacte et empressée elle semble retenir son souffle avant les premières notes de guitare…lesquelles ne vont pas tarder. Il est un peu plus de 20h00 quand le groupe fait son entrée et il faut bien admettre que le set démarre très fort (trop fort le son ?) avec un Mechanical Bride puissant, tranchant et crimsonien en diable.


Il n’y a pas de doute, he’s back !!! Le son d’abord : précis et ample, l’acoustique du lieu supporte sans problème le côté un peu poussif de l’ensemble. Le groupe ensuite : le fidèle Roger King aux claviers, l’homme de l’ombre indispensable et précieux. Le très convulsif Gary O’Toole à la batterie, plus free jazz tu meurs, Rob Townshend aux saxophones et flûtes (excellent), Amanda Lehmann (guitare rythmique et chœurs sur certains titres). Enfin la grosse claque de la soirée avec l’incroyable Nick Beggs à la basse et au chapman stick. L’accoutrement surprenant du bonhomme fait son petit effet (robe en cuir noir, casque sur les oreilles et nattes blondes de rigueur, très cartoonesque le monsieur) mais ce n’est rien à côté de son jeu : implacable, technique mais toute en délicatesse et émotion palpable. C’est proprement hallucinant ! Et Steve, of course… l’inventeur du tapping à la dextérité légendaire fait des merveilles. On notera un mixage de la guitare très en avant, ce qui est finalement assez compréhensible.


Mais revenons sur le déroulement du show : Fire On The Moon calme quelque peu l’intensité sonore mais non moins l’émotion d’un morceau à la construction assez classique et aux accents mélancoliques (Steve et Kim, it’s over). Les chœurs sont beaux (et Steve n’a jamais brillé par son chant !) quant au solo de guitare, il rappelle les grandes heures du style Hackettien : un son puissant et fluide, aérien et très mélodique. S’ensuit un Every Day particulièrement pugnace et efficace qui n’est pas de tout repos pour la main gauche de notre guitariste. L’ovation du public est bien présente et Steve semble quelque peu ému. Emerald and Ash poursuit la découverte du nouvel album : à une première partie très douce et mélodieuse succède une rupture abrupte et groovy qui voient les talents de Nick Beggs s’épanouir en direct. Ghost in the Glass assure l’intermède guitaristique de rigueur puis arrive une des pièces maitresses du show, l’incroyable Ace of Wands. Les arrangements sont revues pour la scène et la deuxième partie voit un affrontement jouissif entre le clavier (son très moog) et le saxophone. Une claque qui fait le lien avec le non moins impressionnant The Steppes et son gros son de batterie métronomique. Hackett torture sa guitare, les sons semblent en appeler à un univers qui lui est propre : mystérieux, tortueux mais qui s’avère au fond très émouvant. Slogan issu du même Defector que le précédent morceau, permet aux musiciens d’investir une rythmique puissamment jazz rock aux improvisations très techniques. Quand au délicat, Serpentine Song (chœur à l’unisson et envolée de saxophone) il émeut par sa mélodie d’une grande beauté harmonique. On change de registre dans un show qui bat son plein avec Tubehead qui impose Hackett comme un maitre du Shred dont Satriani n’aurait rien à redire.


Entracte d’un petit quart d’heure avant le retour des musiciens : l’ambiance est très bonne, le public assez survolté par une setlist jusqu’à présent irréprochable. Hackett est plutôt communicatif, s’excusant à maintes reprises pour son français approximatif. Enfin, notons que contrairement à beaucoup de guitaristes, Hackett joue sur la même guitare durant tout le concert l’obligeant à se réaccorder régulièrement au niveau des amplis à la fin de chaque morceau. Pour les connaisseurs, il s’agit d’une Fernandes black, luthier japonais connu pour s’adapter aux besoins de leur client (j’ose à peine en imaginer le prix !). Mais surtout un Hackett décontracté, chaleureux qui laisse parler sa guitare laquelle reprend ses droits sur le genesien Firth of Fifth. Rien à redire si ce n’est le chant très rageur du batteur qui tranche radicalement avec la fausse candeur de l’original. Petit intermède acoustique (à la guitare nylon) avec le très subtil Walking Away from Rainbows, l’incontournable Horizons et le classique Blood on The Rooftops toujours avec Gary au chant. On continue avec le revival Genesis et Fly On a Windshield : étrange et sombre, la guitare prend des accents de cristal fragile.


La fin du show approche, mais avant le rappel Steve Hackett offre au public un bon blues bien gras qui s’achève sur un Los Endos de rigueur. Les musiciens disparaissent quelques temps avant de terminer sur Clocks et un break de batterie proprement hallucinant. Je m’arrêterai là, les mots ne sont pas assez forts pour décrire la qualité de ce concert. La set list parle d’elle-même et quant à notre guitariste on espère le revoir assez rapidement en France !


Benjamin Léon


Plus d'infos sur Steve Hackett en cliquant sur ce lien officiel


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